Au moment où l'année 2012 entre dans sa seconde moitié, on ne peut que s'interroger : de quels pays, de quels continents nous viendront, d'ici à la fin de l'année, les plus grandes surprises ?
Je ne le sais pas plus que vous et vais donc me contenter d'observations, que j'espère utiles, sur deux des « affaires en cours » appelées à rebondir.
Mais d'abord une réflexion sur le contexte général.

À la fin d'octobre 2011, nous nous sommes focalisés sur cette barre des 7 milliards d'habitants que l'humanité venait alors de franchir. Peu ont relevé que 60 % de ces 7 milliards d'êtres humains vivent en Asie et que deux pays - l'Inde et la Chine - en concentrent à eux seuls près de 40 %.
La surpopulation était considérée il y a peu encore comme un fléau et un obstacle au développement, mais cela est en train de changer : les géants démographiques sont aujourd'hui les moteurs de la croissance de l'économie mondiale.
De poids démographique plus modeste, d'autres nations asiatiques comme l'Indonésie et le Vietnam vont compter, elles aussi, de plus en plus. L'avenir appartient à une dizaine de pays émergents d'Asie bénéficiant de ce « bonus démographique » : une population jeune et dynamique.
Ils ont su créer les bonnes conditions pour en tirer profit : développement du système éducatif, environnement propice aux investissements économiques, moyens financiers considérables affectés à la recherche et au développement.
Ajoutons à cela une main-d'oeuvre motivée, des salaires bas et une soif de vie meilleure, et l'on peut parier que cette dynamique va durer : le XXIe siècle sera celui de la renaissance de l'Asie.
Les exemples du Japon et de la Corée du Sud, qui ont précédé les nouveaux pays émergents dans cette voie, montrent que des politiques économiques saines conduisent au succès et à la prospérité.

Sur ce même sujet, un observateur averti, Yann Arthus-Bertrand, l'auteur de La Terre vue du ciel, enfonce le clou :
« Le pouvoir a basculé vers l'Asie. J'ai récemment volé au-dessus de Shanghai. Le plus grand port du monde accueille chaque jour de gigantesques bateaux qui arrivent vides de tous les continents pour être rechargés automatiquement, jour et nuit, avant de repartir. »
Parlant de la population mondiale et de son comportement, il ajoute :
« Mais ce qui a tout changé, c'est la surconsommation. Le modèle occidental est devenu le rêve des grands pays émergents comme le Brésil, la Chine, l'Inde, soit près de la moitié de la population mondiale. Et lorsque la moitié du monde décide de ressembler à l'Europe et aux États-Unis, cela fait des dégâts. Le problème n'est pas que nous sommes trop nombreux, mais que nous consommons trop. [...] »

Venons-en maintenant à deux affaires dont on sait qu'elles iront de rebondissement en rebondissement.
1) L'Égypte a donc, en la personne de Mohamed Morsi, son premier président civil - et véritablement élu - depuis soixante ans.
Il est islamiste pur sucre, présenté et soutenu par la confrérie des Frères musulmans, dont la vitrine politique est un parti qui s'appelle Parti de la liberté et de la justice (PLJ)*.
On s'accorde à dire que Mohamed Morsi est un apparatchik sans envergure, un « accident de l'Histoire ». Mais n'a-t-on pas qualifié de la sorte Sadate et Moubarak à leur arrivée au pouvoir ?
Pour l'heure, ce que j'ai lu de plus juste sur son élection a été énoncé par l'écrivain égyptien Alaa el-Aswany :
« Le vote des islamistes représente au maximum 5 millions de personnes tandis que Mohamed Morsi a été élu avec 13 millions de voix. Cela signifie que 8 millions d'électeurs ont voté pour les Frères musulmans non parce qu'ils adhèrent aux thèses de la confrérie, mais parce qu'ils souhaitent donner une nouvelle impulsion à la révolution.
« "Les Frères" sont de droite. Si vous regardez attentivement leur programme économique, vous constaterez qu'il ne se démarque guère de celui de Moubarak. Certes, ils aident les pauvres, mais ils le font par devoir moral plus qu'autre chose.
« La politique globale de la confrérie pourrait évoluer vers le modèle prôné par des partis islamistes modérés, à l'instar de l'AKP turc, ou des partis politiques chrétiens, comme en Allemagne. Ce serait une véritable avancée pour l'Égypte et, plus largement, pour tout le monde arabe.
»
2) Union européenne, zone euro Au début du XXe siècle, les Européens constituaient 20 % de la population mondiale. Ils n'en représentent plus aujourd'hui que 11 % - une part appelée à tomber à 7 % vers les années 2050 et à 4 % à la fin du XXIe siècle.
Jusqu'à une date récente, l'Europe était une oasis de paix et de prospérité ; elle n'oubliait pas qu'elle avait essaimé pour peupler l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, qu'elle avait dominé et colonisé l'ensemble de l'Afrique et la plus grande partie de l'Asie.
Deux guerres fratricides intervenues à vingt ans d'intervalle dans la première moitié du XXe siècle l'ont affaiblie. Mais elle s'est reconstruite et a entrepris, il y a déjà soixante ans, d'unifier ses rangs : vingt-sept de ses pays rassemblant 500 millions d'Européens constituent aujourd'hui l'Union européenne (UE) avec un marché unique ; dix-sept d'entre eux sont allés jusqu'à se donner, au début de ce siècle, une monnaie commune (euro).
Cette belle construction est, hélas, en crise depuis près de cinq ans : croissance économique anémique, chômage élevé, budgets déséquilibrés et endettement excessif.
L'entraide et la solidarité entre les États de l'Union ne suffisent plus : l'un après l'autre, les plans de sauvetage se sont révélés inadéquats ; appelé à la rescousse, le Fonds monétaire international (FMI) multiplie les signaux d'alarme, et les partenaires de l'Union marquent leur inquiétude.
C'est la zone monétaire euro qui donne l'impression d'être un grand malade. On a diagnostiqué, mais avec dix années de retard, que l'euro est né avec un défaut congénital : les pays dont il est la monnaie unique n'ont pas la même politique économique et financière, ni la même discipline budgétaire. Ils ont l'impérieuse obligation de s'intégrer davantage mais, pour le décider démocratiquement, ont besoin de se concerter et de s'ajuster : à dix-sept, cela prend du temps.
Jean-Claude Juncker, président sortant de l'Eurogroupe, dit que la situation n'est nullement désespérée.
Son analyse, que je partage et dont je fais la conclusion de cet éditorial, appelle à un certain optimisme. « Ce n'est pas une crise de l'euro, mais une crise de l'endettement public dans certains pays de la zone euro », soutient-il, avant d'ajouter : « Entre 2001 et 2011, l'euro s'est apprécié de 46 % par rapport au dollar, et il est aujourd'hui la deuxième monnaie de réserve mondiale : 30 % des réserves de change mondiales sont exprimées en euros, alors que les monnaies chinoise et japonaise prises ensemble n'en représentent que 10 %. La zone euro affiche un PIB de 9 000 milliards d'euros, la Chine, 4 000 milliards d'euros et le Brésil 1 500 milliards.
Ne nous sous-estimons pas : nos fondamentaux sont meilleurs que ceux des États-Unis ou du Royaume-Uni. »


* Elu, Mohamed Morsi a démissionné du parti pour être « le président de tous les Égyptiens ».