Pour nombre de pays, l'agenda des derniers mois de 2012 et du premier trimestre de 2013, que ce soit sur le plan national ou international, s'annonce très chargé.
Dans un mois, les 6 et 8 novembre, les deux premières nations de la planète - États-Unis et Chine - éliront ou confirmeront l'homme qui sera leur président pour les prochaines années. Aucun des deux ne sera de sexe féminin ; ces deux hommes seront les dirigeants les plus puissants du monde, et nous dépendrons alors de leur sang-froid et de la qualité de leurs réflexes.

L'une de ces deux grandes puissances, les États-Unis d'Amérique, nous a déjà prévenus qu'elle irait, au besoin, jusqu'à la guerre pour empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire. De toutes parts, on nous assure que le pays de Khamenei et d'Ahmadinejad en aura acquis la capacité dans les sept mois qui viennent, et le Premier ministre d'Israël - il se sera, d'ici là, fait réélire - sera là pour intimer aux États-Unis d'aller jusqu'au bout de leur pouvoir, c'est-à-dire jusqu'à la guerre.
Faute de quoi il lui reviendra, à lui et à son pays, d'agir.
Il ne nous reste donc que sept mois environ avant de nous trouver, pour la première fois depuis bien longtemps, au seuil d'une guerre régionale qui risque de devenir internationale.
Les malheureux Syriens seront-ils sortis d'ici là du calvaire qu'ils endurent depuis dix-huit mois et qui provoque chez eux plus de trois cents morts par semaine ? Et d'ailleurs, cette guerre civile syrienne aurait-elle eu l'ampleur d'aujourd'hui si le régime Assad n'avait eu le malheur de s'allier avec l'Iran ?

Beaucoup plus près de nous, dans le temps et dans l'espace, s'annonce une autre guerre qui promet, elle aussi, d'être régionale, de durer bien plus longtemps que ne le pensent ceux qui sont sur le point de s'y engager la fleur au fusil.
Je veux parler de l'expédition pour libérer le Nord-Mali de l'emprise des jihadistes qui en ont pris le contrôle il y a six mois, l'ancrant dans la sécession.
Il s'agit, comme on le sait, d'un vaste territoire désertique - 822 000 km² - et peu peuplé : 1 million d'habitants, contre 15 millions pour le reste du Mali.
Un coup d'oeil sur la carte montre qu'il jouxte la Mauritanie, l'Algérie, le Niger et le Burkina.
Les Maliens sont déterminés à lui faire réintégrer la République. Ils verront plus tard s'il convient de tenir compte des revendications autonomistes des Touaregs qui l'habitent ou d'aller jusqu'à envisager de faire évoluer le Mali vers le statut d'État fédéral.
La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), à laquelle appartient le Mali, consent un soutien politique, financier et militaire : certains de ses membres participeront au corps expéditionnaire constitué pour libérer le Nord-Mali par la force des armes.
L'Union africaine (UA) a donné sa bénédiction et les Nations unies voteront une résolution marquant l'expédition militaire du sceau de la légalité internationale.

Se distinguant du reste de l'Europe et des États-Unis, ignorant les appels à la prudence de la principale ­puissance limitrophe du (Nord-)Mali qu'est l'Algérie et du secrétaire général de l'ONU lui-même, la France a pris la tête des partisans d'une action militaire déterminée et rapide.
François Hollande lui-même l'a dit sans ambages : « Toute perte de temps serait une complication supplémentaire... La France assumera toutes ses responsabilités et apportera un soutien logistique ; elle réclame avec force et au plus vite une nouvelle convocation du Conseil de sécurité [pour autoriser l'action militaire, NDLR]. »
C'est la France qui rédigera les résolutions de l'ONU et appellera à les faire voter.
Du côté malien, c'est le Premier ministre de transition, Cheick Modibo Diarra, qui pousse à la roue avec le plus de véhémence. Dans Le Monde du 1er octobre, il a dit notamment ceci, qui se passe de commentaire :
« Les débats [sur la résolution] vont commencer au Conseil de sécurité dès la semaine prochaine afin qu'elle soit adoptée avant la mi-octobre. [...] Il faut donc que la force de la Cedeao soit prête pour un déploiement presque immédiat, dès l'adoption de la résolution. [...] Le Mali et la Cedeao joueront un rôle clé, mais il faut inviter des pays de la zone, tels que l'Algérie et la Mauritanie, dont la participation est incontournable. Des amis, comme le Maroc ou le Tchad, bref tous ceux qui pourraient venir nous aider à contenir le problème dans une zone restreinte en attendant que la communauté internationale - France, États-Unis, Grande-Bretagne notamment - prépare sa force d'intervention pour faire un travail propre et rapide. [...]
Des négociations feraient perdre un temps précieux. Chaque jour qui passe, les terroristes se renforcent, mettent en place des infrastructures de plus en plus sophistiquées.
Ce n'est pas un problème entre Maliens mais un problème avec des terroristes, des narcotrafiquants, des preneurs d'otages, des bandits de toutes sortes. C'est contre tout cela que la communauté internationale doit se soulever. »


Il y a quatre mois, dans ces colonnes (J.A. no 2682, du 3 au 9 juin), j'ai recommandé de « renoncer à l'idée utopique qu'un gouvernement de transition, nécessairement faible et dont la durée de vie est par définition limitée, aura la capacité de réunifier le pays, que ce soit par la force ou par la négociation et la persuasion ».
Et de « rassembler les forces vives du pays autour de la nécessité de doter la République malienne, le plus vite possible, d'un président et d'un Parlement élus. Ils seront légitimes, même si l'élection n'a pas couvert le Nord, devenu provisoirement inaccessible ».
Rien de ce qui s'est passé depuis quatre mois ne m'a fait changer d'avis ; je regrette que l'on n'ait pas utilisé ce temps pour doter le Mali d'un président et d'un Parlement élus.
N'auraient-ils pas été plus légitimes et plus forts que MM. Dioncounda Traoré et Modibo Diarra, président et Premier ministre de la transition, pour s'attaquer, dans les prochaines semaines, aux problèmes du Mali, dont le Nord ?

Réoccuper militairement le Nord ? Même avec des effectifs militaires faibles et mal coordonnés, on parviendra probablement à libérer en 2013 ses trois villes de l'emprise des terroristes et des jihadistes.
Mais il faudra ensuite le pacifier, le ramener dans le giron national malien, résoudre mille et un problèmes complexes d'ordres politique, social, ethnique ou liés à la mondialisation.
Vaste programme, oeuvre de très longue haleine...
On a évoqué les précédents afghan ou somalien et rappelé qu'ils sont là, insolubles, depuis dix et vingt ans.
Pour s'être engagé à ne pas se doter d'institutions stables tant qu'il n'aura pas récupéré et réintégré le Nord, le Mali devra-t-il rester cinq ou dix ans avec à sa tête un président et un gouvernement de transition ?
La République française s'était-elle mise entre parenthèses tant que la France n'avait pas récupéré l'Alsace-Lorraine ?

La voie que le Mali est sur le point d'emprunter nous fera regretter sans aucun doute, en 2013 et 2014, de n'avoir écouté ni Ban Ki-moon et ses appels à la prudence, ni l'Algérie et les États-Unis, qui ont connu de coûteux échecs dans leur lutte contre le terrorisme, mais que l'on refuse d'écouter lorsqu'ils disent : « Une guerre, on sait quand elle commence, jamais quand elle finira... »