Ce mois de novembre, l'avant-dernier de 2012, est déjà dans sa seconde moitié et tout indique qu'il fait la transition entre deux époques. Jugez-en.
Les États-Unis ont installé leur président pour « quatre années de plus » ; en Chine, le parti « communiste », qui truste le pouvoir depuis plusieurs décennies, a rendu publics les noms des hommes - aucune femme ! - qu'il place pour dix ans à la tête de ce pays-continent ; en France même, l'homme politique porté en mai dernier à la présidence, et qui avait donné jusque-là l'impression de chercher ses marques, a montré à ses concitoyens (et au monde) qu'il avait enfin endossé l'habit de président.
Au Moyen-Orient, le mécanisme des épreuves de force - au pluriel - qui menacent d'éclater entre Israël et ses voisins se met tout doucement - mais inexorablement - en place.
Israël est une démocratie de type euro-américain. Mais c'est la seule au monde à être gouvernée depuis des années par des hommes de droite et d'extrême droite, la seule à occuper et à annexer sans frein des pays-territoires, à se permettre de pratiquer une ségrégation d'un genre abandonné par les États-Unis depuis cinquante ans et qui tourne ou tournera à l'apartheid sud-africain de triste mémoire.

Alors que l'année 2012 tire à sa fin, on a l'impression d'assister à la mise en place de l'échiquier de 2013 : nul ne sait si les négociations qui s'amorcent éviteront les guerres qui s'annoncent au Moyen-Orient comme au Sahel africain ou si nous aurons des négociations qui seront des préambules à une ou plusieurs guerres.
Si elles éclatent, les guerres seront régionales, mais l'ONU et les grandes puissances seront parties prenantes dans les négociations, tireront les ficelles, fourniront armes, logistique et argent, auront dans l'une et l'autre région leurs hommes et leurs pays.
1) Le Sahel
Son cas paraît simple et, pour le moment, on ne perçoit aucune divergence sérieuse parmi les protagonistes. On semble avoir accepté, bon gré mal gré, de laisser au président et au gouvernement de transition la responsabilité de représenter le Mali, de conduire du côté malien des opérations complexes : la reconquête du Nord et, une fois ce résultat acquis, l'organisation des élections (présidentielle et législatives) dans l'ensemble du pays.
L'Union africaine, la Cedeao et son facilitateur, le président Blaise Compaoré, devront apprendre à fonctionner ensemble mais aussi avec le pouvoir malien et avec les Euro-Américains.
Ces derniers ont en tête la sécurité de leurs pays et celle de leurs concitoyens, ainsi que les enjeux économiques qui dépassent le Mali : les hydrocarbures algérien, nigérian et tchadien et l'uranium nigérien sont, pour ces Euro-Américains, des sources d'énergie à préserver de toute menace.
Le Mali devra gérer une guerre, la présence de troupes étrangères sur son sol, les interférences des envoyés spéciaux d'organisations africaines et internationales, de la presse mondiale, des services de renseignements, etc.
Des milliers d'hommes et beaucoup d'argent circuleront dans le pays : les systèmes bancaire, hôtelier, les infrastructures du pays sont-ils à même de faire face ? Un gouvernement de transition est-il la structure appropriée ? Pourra-t-on boucler l'opération en quelques mois, comme on semble le croire ?
Le doute est permis. Mais croisons les doigts.

2) Le Moyen-Orient
Nous sommes ici au comble de la complexité et, peut-être, à la veille de plusieurs explosions.
Beaucoup plus secret qu'on ne le pense, l'actuel Premier ministre d'Israël, Benyamin Netanyahou, n'a cessé de parler de l'Iran et de la menace « existentielle » qu'il représente non seulement pour Israël, mais aussi pour l'Europe et le monde.
Il a multiplié les appels à empêcher la République islamique, par tous les moyens, d'accéder au nucléaire militaire.
Il nous a échappé que Netanyahou agitait devant nous le chiffon rouge iranien pour mieux cacher une stratégie d'une autre envergure.
Bien placé pour le savoir, Shlomo Ben Ami, l'ancien ministre israélien des Affaires étrangères, démonte les ressorts secrets de la démarche de Netanyahou :
« Les actuels dirigeants d'Israël s'inquiètent de voir le statut de leur pays menacé par le remplacement en Égypte de leur ami Hosni Moubarak par un régime islamiste.
L'avènement probable d'un régime similaire en Syrie, l'incroyable encouragement que le réveil islamiste régional a donné au Hamas à Gaza et au Hezbollah au Liban les inquiètent au plus haut point.
Ils constatent en outre que le régime jordanien, qui leur est inféodé, a été fragilisé et que la Turquie a cessé d'être un allié ou même un ami d'Israël.
L'objectif d'une guerre contre l'Iran dépasse ce pays. Pour eux, il est de réaffirmer le statut régional d'Israël ; c'est une manoeuvre stratégique majeure visant le Moyen-Orient dans son ensemble.
Israël doit restaurer dans cette région névralgique son leadership menacé. »


L'analyse est lumineuse ! Intégrez-la et vous comprendrez pourquoi Benyamin Netanyahou et Avigdor Lieberman, maîtres de la droite, de l'extrême droite et du gouvernement israéliens
a) refusent de consentir au Palestinien modéré qu'est Mahmoud Abbas la moindre concession consistante et se préparent même à le punir de vouloir tenter, dès ce 29 novembre, de faire accorder à la Palestine le statut d'État observateur à l'ONU
b) font une guerre sans merci et multiforme aux Palestiniens intransigeants du Hamas, maître de Gaza
c) préfèrent les dictatures arabes d'antan aux pouvoirs issus d'élections libres et contradictoires à la suite du Printemps arabe
d) font de leur mieux pour contraindre les États-Unis à épouser « la manoeuvre stratégique majeure » décrite ci-dessus par cet excellent connaisseur de la stratégie de l'actuel pouvoir israélien qu'est Shlomo Ben Ami.

D'ici aux élections israéliennes de janvier prochain, avec ou sans guerre, le dessein caché de Benyamin Netanyahou sera plus clair et plus apparent.
Si par leurs votes ses compatriotes le confirment à leur tête, ils auront fait le choix de leur avenir : celui d'une petite « tribu blanche » plantée au sein du Moyen-Orient.
Une telle forteresse entourée de pays hostiles et tenue de l'extérieur à bout de bras pourra-t-elle rester longtemps une démocratie agréable et vivable ?