Le Moyen-Orient. Au son du canon, au sifflement des missiles et au fracas des bombes, il s'est imposé de nouveau à notre attention. Les images de guerre ont envahi les écrans de nos télévisions, et les chancelleries les plus importantes se sont mobilisées pour éteindre l'incendie.
Au terme de huit jours de combats entre Israël et le Hamas, les armes se sont tues mercredi 21 novembre au soir.
Nul ne sait où et quand surgira le prochain orage, ni quel tour il prendra.

Il faut rappeler qu'entre le Hamas, maître de Gaza, et l'État d'Israël, c'est un petit bis repetita d'un précédent clash.
Dirigé par un autre Premier ministre et à la veille de précédentes élections législatives, fin 2008, l'État hébreu avait chargé ses troupes terrestres d'aller à Gaza « détruire les moyens militaires et agressifs du Hamas, nettoyer la zone des terroristes qui y font la loi ».
Vingt-deux jours de combats (du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009) : 1 400 morts du côté palestinien, 13 Israéliens tués, dont 3 civils.
« Israël a atteint ses objectifs et même au-delà », avait déclaré le Premier ministre israélien de l'époque. Mais il a fallu revenir à la charge en novembre 2012. Israël n'a utilisé, cette fois, que l'aviation et la marine et a arrêté les frais au bout de huit jours. Bilan : 163 tués, civils et militaires du côté palestinien, 6 du côté israélien.

En 2008-2009 comme en 2012, le Hamas a utilisé contre Israël, pour le provoquer ou pour riposter, son arme principale, qu'on lui reproche de tous côtés parce qu'elle est imprécise et touche surtout des cibles civiles : des centaines de roquettes et de missiles tirés en direction des villes israéliennes qu'il peut atteindre.
Au terme de la nouvelle épreuve de force, les Israéliens reconnaissent que le Hamas n'a pas été mis hors de combat : « Nous avons sérieusement endommagé les moyens militaires du Hamas. Mais nous pensons que sa capacité d'agir est toujours là. »
Cette guéguerre inconclusive entre le Hamas et Israël aura-t-elle une fin ?
Constatons pour le moment que les armes qui ont servi à détruire une partie de Gaza sont, pour l'essentiel, fournies par les États-Unis et que les missiles Fajr 5 lancés par le Hamas sur Tel-Aviv et Jérusalem lui ont été fournis par l'Iran.
De là à conclure que nous avons assisté, en novembre 2012, à un dramatique épisode des relations américano-israélo-iraniennes, il n'y a qu'un pas que je n'hésite pas à franchir.

Mais l'important n'est pas là, ni même dans l'évaluation de ce qu'Israël et le Hamas ont gagné ou perdu. Il est établi que, même s'il a subi des pertes sévères et payé un prix fort, le Hamas, qui a montré qu'Israël était vulnérable et avait ses limites, est largement gagnant sur les plans psychologique et politique. À l'instar d'une guérilla, il l'emporte dès lors qu'il n'a pas été mis KO et démontre avec éclat que « le vainqueur n'est pas vainqueur tant que le vaincu ne le veut pas ».
Il aura eu, en tout cas, le mérite d'attirer l'attention sur le problème palestinien : la guerre civile syrienne et la fixation sur le nucléaire iranien avaient eu pour effet de faire oublier qu'il n'est toujours pas résolu.

Le Hamas professe qu'Israël ne cède rien par la négociation et qu'il est donc nécessaire de privilégier la violence et la guerre pour obtenir de lui quelque concession. La vérité oblige à dire que l'actuel gouvernement israélien et le Premier ministre qui le dirige s'ingénient à lui donner raison.
Ils ont tout refusé à Mahmoud Abbas, président du Fatah et de l'Autorité palestinienne, qui, lui, pratique depuis toujours un pacifisme sans faille. Depuis les accords d'Oslo, signés il y a presque vingt ans, il s'épuise à obtenir d'Israël qu'il renonce à occuper le bout de Palestine dont il se contenterait pour en faire un mini-État démilitarisé et satellite d'Israël.
De paix lasse, et ne trouvant auprès de l'establishment israélien qu'un dédain distrait, il va se risquer dans quelques jours à demander à l'ONU de bien vouloir donner à cet État-croupion le statut de « membre observateur ».
Il se heurtera, de la part du pouvoir israélien, à un barrage diplomatique, économique, financier et juridique destiné à le punir d'oser esquisser un pas non autorisé par le maître israélien.
Argument massue qui étourdira Mahmoud Abbas, ravira le Hamas et nous rappellera le caractère central du problème palestinien.
Ne commande-t-il pas tout le reste au Moyen-Orient ?

Cela dit, cette guerre israélo-arabe de novembre 2012, la première depuis le Printemps arabe, est très différente de celles qui l'ont précédée, car le monde arabe a changé, le Moyen-Orient a évolué et Israël n'est plus le même.
o L'Égypte n'est plus gouvernée par Hosni Moubarak. Allié objectif d'Israël et complice politique de Benyamin Netanyahou, l'ex-raïs n'est plus qu'un mort-vivant momifié, personnification d'une ère morte et enterrée.
Son successeur, Mohamed Morsi, est un islamiste ami et protecteur du Hamas, nouveau partenaire des États-Unis.
o Au Moyen-Orient, la Turquie s'est détachée de son alliance avec Israël. Par la volonté de ses dirigeants ou à cause de l'arrogante maladresse du tandem Netanyahou-Lieberman ? Chacun de ces deux facteurs a compté, et ces deux grands pays du Moyen-Orient sont aujourd'hui opposés l'un à l'autre.
o En tant que pays, Israël demeure puissant, courtisé et doté d'un capital de confiance des plus enviables. Mais ses dirigeants actuels ont perdu, eux, le respect, l'amitié et la compréhension de la plupart de leurs homologues dans le monde, y compris les Européens et les Américains sur lesquels ils doivent pouvoir compter.
Cela s'est senti et a compté dans le dénouement de cette guerre de huit jours où l'Égypte a défendu Gaza mais a pesé sur le Hamas pour l'amener au cessez-le-feu. Les Américains et les Européens, eux, ont empêché Israël d'envahir Gaza et lui ont imposé un cessez-le-feu avec objectifs non atteints et conditions égyptiennes en partie acceptées.
Israël est toujours le premier allié des États-Unis au Moyen-Orient et le demeurera. Mais il a perdu l'Iran il y a plus de trente ans, puis la Turquie et enfin l'Égypte. Tentés de le soutenir contre l'Iran, l'Arabie saoudite et les États du Golfe ne pourront plus le faire après le Printemps arabe et l'évolution de l'Égypte.
Il lui reste l'amitié obligée de la monarchie jordanienne : c'est maigre...

Netanyahou n'avait pas tort de postuler, dès l'éclosion du Printemps arabe, qu'il ne serait pas favorable à Israël, du moins le sien, qui s'estimait « en danger de paix ».
La recherche de la paix avec ses voisins est en train de devenir pour Israël le meilleur choix, peut-être le seul. Il est donc temps pour lui de cesser de traiter les Palestiniens comme quantité négligeable et, plus largement, de changer de politique arabe.
Tant qu'il ne le fera pas, le Moyen-Orient sera une poudrière.