L'année 2012 peut encore nous réserver des surprises, bonnes ou mauvaises. Mais nous en sommes déjà à nous interroger sur l'année 2013, et les instituts de prévisions se sont mis à publier, graphiques à l'appui, ce qu'ils entrevoient pour nous.
Sur le plan économique, l'année qui va commencer prolongera celle qui s'achève avec un mieux si léger qu'il ne sera guère perceptible : les pays riches et développés continueront de stagner ou presque ; les pays émergents feront mieux qu'en 2012 et, de ce fait, la croissance mondiale pourrait enregistrer un taux plus élevé.
Établi par notre confrère britannique The Economist, le graphique ci-dessous donne une synthèse des projections.
Cette configuration pourrait-elle être perturbée par l'irruption d'un conflit armé ?
On nous annonce, en Afrique de l'Ouest, une guerre pour libérer le Nord-Mali de ses occupants et lui faire réintégrer la République malienne
et, au Moyen-Orient, le déclenchement d'un conflit armé entre l'Iran et le tandem États-Unis - Israël pour empêcher la République islamique de devenir, dans la seconde moitié de 2013, la dixième puissance dotée de l'arme nucléaire.
Il est tout à fait possible que l'un ou l'autre de ces affrontements militaires vienne à se produire ou que l'un et l'autre éclatent dans l'année, successivement ou même simultanément.
Le premier n'aurait d'incidence économique que sur le Mali et ses voisins ; le second, en revanche, pourrait, par ses conséquences sur l'approvisionnement du monde en pétrole - et sur le prix du baril -, affecter sérieusement l'évolution des courbes du graphique ci-contre.
Il faut donc trouver les voies et moyens de l'éviter. Il suffit pour cela que, de part et d'autre, on profite du départ en juin prochain de Mahmoud Ahmadinejad, qui aura alors achevé son second et dernier mandat de président de la République islamique d'Iran, pour faire aboutir, avec son successeur - un homme neuf -, la négociation sur les droits et devoirs de l'Iran en matière nucléaire et sur la place qui lui revient dans la région.

Soixante-cinq ans après Peu d'entre vous ont la possibilité de lire et de comparer
la résolution 181 de l'ONU du 29 novembre 1947, instituant le partage de la Palestine en deux parties à peu près égales pour y instaurer un État arabe et un État juif avec, entre eux, une union économique,
et celle qui a été adoptée ce 29 novembre 2012.
Soixante-cinq ans séparent ces deux documents votés par la même ONU. Elle avait 57 membres en 1947, elle en compte 193 en 2012. Beaucoup de guerres tout au long de cette période ; trop de morts et bien des souffrances.
Aux Arabes d'alors, qui se disent aujourd'hui Palestiniens, l'ONU avait laissé la moitié de la Palestine ; ceux qui sont toujours là ou qui sont nés depuis n'osent plus prétendre aujourd'hui qu'à 20 % de l'ancienne Palestine et... ne parviennent pas à faire reconnaître leurs droits.

N'ayant pas accepté le partage de novembre 1947*, ils ont reculé pas à pas et guerre après guerre pour s'accrocher aujourd'hui à quelques principes : « règlement pacifique de la question palestinienne » ; « inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la force » ; « nécessité de l'évacuation par Israël de ceux qu'il a occupés en 1967 » ; « droit à l'autodétermination et à un État indépendant ».
En 1947, on les invitait à devenir membre de l'ONU ; en 2012, ils ne postulent qu'au statut d'État observateur non membre.
Israël et les États-Unis se sont obstinés à le leur refuser et se sont employés à persuader leurs amis d'en faire autant...
Le vote du 29 novembre 2012 montre qu'ils ne sont parvenus à persuader de voter avec eux et contre la résolution que trois pays : le Canada, la République tchèque et Panamá, (plus quelques îlots qui n'ont d'État que le nom : Marshall, Micronésie, Nauru, Palau...)
Que de chemin parcouru par les uns et les autres dans la mauvaise direction !

Une anecdote, tristement significative, vous permettra de prendre la mesure de cette évolution. Elle met en cause le Palestinien le plus célèbre, mort il y a huit ans : Yasser Arafat. Président de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), en route pour New York (où il allait prononcer, le 13 novembre 1974, son premier discours devant l'ONU), Yasser Arafat s'est arrêté à Tunis pour saluer le président Habib Bourguiba.
Ce dernier lui a servi le même conseil qu'il a donné à Nasser en 1965 et qu'il a prodigué aux dirigeants arabes lui parlant de la Palestine : Vous avez un seul levier mais il est formidable, la légalité internationale. Utilisez-le, accrochez-vous-y.
À Arafat, ce jour-là, il a dit : « À votre place, je saisirais cette chance unique pour tenir à l'Assemblée générale de l'ONU le discours que voici :
"En 1947, votre organisation a adopté un plan qui partage mon pays, la Palestine, entre les Juifs et nous.
Nous avons considéré ce partage comme une injustice historique car il dépossède les Palestiniens de la moitié du territoire qu'ils habitent depuis des siècles. Il les chasse de leurs terres et de leurs maisons.
Nos aînés l'ont donc refusé, et c'est bien normal, compréhensible en tout cas.
Aujourd'hui, je suis venu vous dire, au nom de mon organisation, l'OLP, qui représente les Palestiniens et défend leurs intérêts, que, pour éviter de nouvelles souffrances à mon peuple et à nos voisins, nous acceptons néanmoins ce partage...
Je vous demande de nous aider à l'appliquer." »

« Vous pouvez dire cela, monsieur le président. Pas moi ! Je ne serais pas suivi », a répondu Arafat.
Conclusion de Bourguiba, en novembre 1974 :
« Quelle calamité ! Je vous le dis : s'ils continuent comme cela, les Arabes perdront la Palestine... comme ils ont perdu l'Andalousie. »
Près de quarante années se sont écoulées depuis cette scène que m'a rapportée un témoin oculaire, et la prophétie de Bourguiba s'est déjà réalisée en bonne partie.
Le vote onusien de ce 29 novembre 2012 pourrait sauver la Palestine de la disparition. Et Israël d'un destin sud-africain.

* La résolution instituant le partage a recueilli 33 votes favorables (les Occidentaux et leurs amis, l'URSS et les siens) ; 13 pays ont voté contre : les six pays arabes alors membres de l'ONU, quatre autres pays musulmans (Iran, Pakistan, Afghanistan et Turquie), plus l'Inde, Cuba et la Grèce.