Jours de transition d'une année à l'autre, jours de fête, de réflexion et de résolutions que nous prenons avec l'espoir de les voir se réaliser.
Je consacrerai donc ce dernier Ce que je crois de l'année 2012 à quelques réflexions inspirées par ce passage imminent à l'année 2013.

L'hebdomadaire américain Time décerne chaque année, à la fin de décembre, le titre de Personnalité de l'année à l'homme (ou la femme) qui aura marqué celle qui s'achève par ce qu'il a fait ou ce qui lui est arrivé.
Ce choix annuel, que notre confrère fait depuis plusieurs décennies avec discernement, a fini par s'imposer. On l'attend et, dès qu'il est rendu public, il est cité dans le monde entier, où il est reconnu à l'égal (ou presque) du Nobel de la paix.
Notre confrère justifie son choix par des attendus dont chaque mot est pesé et qui, le plus souvent, emportent l'adhésion.
Pour Time, la personnalité de l'année 2012 est... Barack Obama.
De prime abord, je me suis dit, et vous aussi sans doute, que Time
n'est pas allé chercher bien loin et qu'il a pu, pour une fois, céder à la facilité. N'avait-il pas, déjà choisi Obama comme l'homme de l'année 2008 ?
Mais en lisant les arguments de ce confrère, j'en suis arrivé à conclure qu'il a fait, cette fois encore, le bon choix.
Time nous dit qu'il a fait de Barack Obama la personnalité de l'année 2012 « parce qu'il a su tirer parti d'un renouvellement démographique et culturel des États-Unis d'Amérique et qu'il est devenu le symbole de cette mutation...
« Il s'est fait réélire en dépit d'un taux de chômage inégalé depuis soixante-dix ans et qui aurait dû empêcher sa réélection ; et, de surcroît, il est le seul démocrate depuis la guerre de 1939-1945 et la mort de Franklin Delano Roosevelt à obtenir plus de 50 % des voix deux fois de suite. » C'est là, en effet, convenons-en, un exploit qui légitime son couronnement comme personnalité de l'année 2012.

Mais c'est l'année 2013 qui frappe à la porte. Elle sera, comme nous l'avons déjà écrit ici même, l'an III du Printemps arabe : les révolutions nées de son éclosion vont entrer dans une nouvelle phase de leur évolution.
Syrie : on sent déjà, à la fin de 2012, les sinistres craquements du régime de Bachar al-Assad. Mis sur la défensive depuis quelques semaines, il ne devrait pas tarder à se disloquer. Nous assisterons alors, très probablement au premier semestre de 2013, à une fin sanglante, à côté de laquelle celle de la Jamahiriya libyenne, aussi horrible fut-elle, paraîtra « civilisée ».
Quant à l'homme qui le personnifie plus qu'il n'en est le chef, Bachar al-Assad, ou il s'enfuira, ou il sera tué, lui et ses proches. Le pays risque d'être le théâtre d'abominables règlements de comptes, et l'onde de choc n'épargnera pas les voisins.

Tunisie, Égypte, Libye : les ressources procurées par le pétrole, l'absence d'armée et de structures étatiques élaborées donnent à ce dernier pays, paradoxalement, une latitude que n'ont pas les deux autres. La Tunisie ? Elle fonctionne mal, voit son économie tourner au ralenti et l'investissement, qu'il soit intérieur ou extérieur, se tarir. Mais il est vraisemblable que, sauf coup de théâtre, le régime de transition qui s'y est établi tiendra le coup.
L'Égypte. Les finances du pays sont à sec et son budget s'épuise à subventionner, à coups de milliards de dollars, les produits de première nécessité qui seraient inaccessibles à la grande majorité des citoyens sans cette compensation.
Gardiens de l'orthodoxie financière, le FMI et la Banque mondiale diront qu'ils ne peuvent intervenir ; il faut à ce pays - l'équivalent d'une Grèce pauvre de 85 millions d'habitants - tellement de milliards de dollars par mois que les riches États arabes pétroliers eux-mêmes ne pourront le sauver de la quasi-faillite.
Les États-Unis continueront à financer l'armée. Mais, pour l'Égypte et les islamistes qui en ont pris le gouvernail, l'année 2013 sera une annus horribilis.
Les pays du Printemps arabe vont souffrir en 2013. Mais, en tout état de cause, les peuples de la région accrocheront à leur tableau de chasse un cinquième dictateur : le syrien.

2013 sera aussi, nous l'avons déjà annoncé dans ces colonnes, l'année du Mali et de l'Iran.
Le Mali : la situation de ce pays continue d'évoluer. Il me semble qu'elle s'améliore lentement et, surtout, se clarifie.
Même s'il a été rendu possible par un second putsch de ceux-là mêmes qui, en mars dernier, ont renversé le président Amadou Toumani Touré, le remplacement de l'ancien Premier ministre est une bonne chose : le nouveau gouvernement et son chef paraissent mieux acceptés et, surtout, plus réalistes.
La Cedeao et le facilitateur, Blaise Compaoré, ont rectifié les erreurs qu'ils avaient commises dans les semaines qui ont suivi le renversement du président Touré. L'ONU et l'Union africaine ont nommé de bons représentants et se sont rapprochés des autres protagonistes de cette affaire.
Semble se dégager, fin 2012, entre tous ces acteurs, un consensus autour d'une position médiane : un gouvernement constitutionnel et plus acceptable à Bamako ; une transition plus courte couvrant tout ou partie de 2013 mais pas au-delà ; la libération du Nord-Mali par la négociation et/ou la guerre ; des élections pour tout le pays dès que les villes du Nord auront été reconquises, voire avant.
Inch Allah !

L'Iran : ce grand pays chiite est gouverné depuis près de trente-cinq ans par une oligarchie religieuse qui en a fait une République islamique.
Il aspire à un rôle régional que lui contestent ses voisins arabes à majorité sunnite, que lui dénient les États-Unis et Israël.
Avec ces derniers, il est en guerre tiède depuis une génération, exacerbée encore, depuis le début de ce siècle, par l'ambition qu'ils lui prêtent de se doter de l'arme nucléaire.
Dans un mois, les États-Unis et Israël introniseront respectivement le même Barack Obama comme président et, sans doute, le même Benyamin Netanyahou en tant que Premier ministre. Cinq mois plus tard, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, fera élire un nouveau président de la République islamique qui sera son Premier ministre de fait.
Les pièces maîtresses de l'échiquier seront alors en place et le problème qu'ils auront à résoudre, par la négociation ou par la guerre, se sera, lui aussi, simplifié et clarifié.
L'Iran sait ce qu'on attend de lui ; les États-Unis et leurs alliés connaissent les assurances qu'ils doivent donner au régime iranien.

Il suffira, à mon avis, qu'Obama et Khamenei fassent montre d'une dose raisonnable de courage, que chacun d'eux tienne compte des impératifs de l'autre, pour qu'une guerre entre leurs pays, désastreuse pour toute la région, soit évitée.
2013 est partie, décidément, pour être l'année de la clarification.