L'année 2013, que nous entamons, a hérité de celle que nous venons d'enterrer : quelques foyers de guerre qu'on ne parvient pas à éteindre et des situations qui en annoncent d'autres dont nul ne sait si nous pourrons les éviter.
Cela a pu vous échapper, mais, depuis un certain nombre d'années, les guerres ont toutes pour théâtre soit un pays d'Islam, soit un africain, musulman ou non.
À quoi ou à qui est-ce imputable ? Aux Africains et aux musulmans eux-mêmes ? Ou bien à d'autres, qui les leur imposent ?
Voyons ce qu'il en est de plus près.

Dans quelle situation se trouvent, en ce début 2013, ces deux grandes communautés humaines que sont les Africains et les musulmans ?
Les premiers sont plus de 1 milliard et les seconds plus de 1,5 milliard. Les uns et les autres connaissent une croissance démographique supérieure à celle des autres communautés humaines.
Leur proportion dans la population mondiale s'accroît donc d'une décennie à l'autre et leur âge moyen demeure remarquablement bas, alors que s'élève inexorablement celui de la plupart des autres.

D'une manière plus générale, sur le continent africain, nous entendons dire, depuis trois ans, des choses d'autant plus agréables pour nos oreilles et nos esprits qu'elles sont nouvelles et nous changent de ce que nous n'avions que trop entendu.
On souligne que notre continent connaît depuis le début du siècle une croissance économique réelle, stabilisée à un niveau plus qu'honorable, de l'ordre de 5 % par an et qui, fait nouveau, n'est pas due seulement à l'exportation à un prix plus rémunérateur des produits de son sous-sol.
Les augures ajoutent, cerise sur le gâteau, qu'elle va se maintenir en 2013 et en 2014, et que quinze années de croissance à ce rythme doubleront le PIB (produit intérieur brut) du continent et donneront naissance à une classe moyenne de près de 300 millions d'Africains...

Sur l'islam, nous entendons dire des choses tout aussi agréables aux oreilles des musulmans, habitués, eux aussi, à n'entendre sur eux que des propos négatifs et même islamophobes.
On dit de plus en plus que l'islam donne l'impression de se réveiller enfin de la léthargie dans laquelle il est tombé il y a près de mille ans. L'effervescence des sociétés musulmanes des cinq continents indique que les musulmans d'aujourd'hui ont pris conscience à la fois du retard qu'ils ont accumulé et de l'importance qu'ils ont acquise : leur nombre, l'amélioration de leur éducation et de leur niveau de vie, leur engagement de plus en plus marqué dans la défense de leur réputation et de leurs droits leur ont apporté, malgré les effets très négatifs du terrorisme aveugle prôné par Al-Qaïda, ce minimum de considération qui leur a fait, jusqu'ici, si cruellement défaut.
Tout est bien donc pour les Africains comme pour les musulmans ; la bouteille est à moitié pleine et, mieux encore, goutte à goutte, doucement mais sûrement, elle est en train de se remplir...

Même s'il n'est pas sans fondement, un tel optimisme me paraît excessif, voire fallacieux. Et de ce fait dangereux : il risque de faire croire aux Africains et aux musulmans qu'ils sont sortis du tunnel, n'ont plus guère d'efforts importants à faire pour rejoindre la caravane du progrès.
Et surtout de les empêcher de voir que le positif signalé ci-dessus côtoie de sombres réalités dont, en particulier, celle-ci... qui n'a aucune chance de disparaître si on n'en prend pas conscience :
Regardons ensemble ce qui se passe en ce moment même sur les cinq continents de notre petite planète et nous constaterons, en effet, que de tous les hommes sur terre, seuls les musulmans et les Africains - qu'ils soient musulmans, chrétiens ou animistes - sont en train de se battre entre eux, de se faire la guerre, de s'entretuer et de subir l'occupation armée de certains de leurs territoires.
Cette bien triste spécificité devrait nous interpeller et nous préoccuper au plus haut point.

1) Des Européens, des Américains et des Israéliens occupent militairement, depuis une ou plusieurs décennies, des territoires et des pays tous musulmans.
Aucun d'eux n'occupe un pays ou un territoire autre que musulman.
2) Il n'y a pas de juifs qui font la guerre à d'autres juifs, ni de chrétiens qui font la guerre à d'autres chrétiens. Qu'ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes, ces derniers ont cessé de s'entretuer, ont fait régner la paix entre eux depuis quelques décennies.
3) Européens contre Européens, Américains contre Américains, Asiatiques contre Asiatiques ? Cela n'existe plus ni dans le nord, ni dans le sud de leurs trois continents. Il n'y a plus de conflit armé entre eux : ils ne règlent plus leurs différends au canon ou à coups de bombes, ni même au Kalachnikov.
Tandis qu'en Afrique et en pays d'Islam, outre que la dictature et la mal-gouvernance y sont encore trop répandues, on trouve encore, hélas, des pays, voire des régions entières, où sunnites et chiites, Kurdes et Arabes (ou Turcs) s'agrippent par le collet et n'hésitent guère à s'entretuer.
Il n'y a pas de règle entre eux ou, s'il y en a une, c'est celle imposée par le plus fort : il s'empare de tout le pouvoir, domine le faible et, s'il le peut, l'élimine.
Entre ces sous-communautés règne une défiance absolue que vous ne trouvez plus à ce degré nulle part ailleurs !
Or une communauté ne peut pas se construire, encore moins prospérer, avant d'avoir bâti en son sein la confiance et le respect mutuel, et instauré des règles élaborées ensemble et acceptées par tous.
À mon humble avis, musulmans et Africains n'en sont pas encore là ; de ce fait et tant qu'il en sera ainsi, on ne peut pas soutenir, les concernant, que « la bouteille est à moitié pleine ».

Mais, fort heureusement, ils ont commencé à vouloir régler eux-mêmes leurs différends au lieu de s'en laver les mains et de s'en décharger sur les autres.
Certes, ils ne le font ni en Afghanistan, ni en Syrie, ni en Irak où chiites et sunnites, chiites et Kurdes ne parviennent pas à cohabiter, encore moins à forger une nation.
Ils ne le font pas non plus en Somalie et en République démocratique du Congo. Mais, en ce moment même, ils s'y efforcent au Mali et en Centrafrique.
Il leur faut persévérer dans cette voie déjà empruntée par les communautés qui ont trouvé l'apaisement et l'harmonie sur la base de cet adage bien connu : Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.