Peut-être avez-vous, comme moi, l'impression d'un passage général de la parole aux actes, que des dirigeants et des régimes se sont dit : « Les préparatifs et les hésitations ont assez duré, il est temps d'agir. »
Quelques-uns retiennent l'attention :

Investi le 21 janvier, le président des États-Unis a entamé son second mandat et, dès le premier jour, s'est engagé sur plusieurs fronts.
Ses alliés israéliens ont élu leur nouveau Parlement, pas tout à fait semblable au précédent, et commencé à dire ce qu'ils ne veulent pas. On ne tardera pas à savoir si le pays est encore gouvernable.
La France, elle, a pris en main, militairement, diplomatiquement et même financièrement (pour l'essentiel), la libération par la force du Nord malien, occupé par des jihadistes. Allant au-delà de cette mission, elle s'est même engagée à oeuvrer à la restauration de la démocratie au Mali afin qu'il redevienne le grand pays africain qu'il a été.
Les voisins africains du Mali ont fini par s'ébranler pour participer, aussi activement que le leur permettent leurs moyens, au sauvetage de la République malienne. Nous assisterons, en février et mars prochains, à leur montée en puissance.
L'Union africaine leur emboîte le pas ; l'ONU et ses agences, l'Union européenne et quelques-uns de ses membres, les États-Unis eux-mêmes ont déjà décidé de consacrer, individuellement et ensemble, des moyens importants au Mali et au Sahel, menacés de déstabilisation.

Du côté des jihadistes, conçue il y a plusieurs mois, mise en route en novembre dernier, exécutée le 16 janvier 2013, l'attaque du site algérien d'In Amenas est pour celui de leurs chefs qui a osé la faire réaliser ce que le 11 septembre 2001 a été pour Oussama Ben Laden : un point culminant, une tonitruante et sanglante déclaration de guerre, cette fois à l'Algérie (qui tient ici le rôle des États-Unis). Et, au-delà d'elle, au monde dit civilisé, mais qui n'est, aux yeux de ce Mokhtar Belmokhtar et de ses acolytes, que celui des croisades...

Que disent de ces développements les islamistes qui ont conquis le pouvoir à Tunis et au Caire, il y a deux ans ? On sait qu'ils se présentent - certains disent se maquillent - en modérés, mais font les yeux doux aux salafistes, apôtres de la violence la plus débridée.
Ces islamistes se sont contentés de souligner leur différence et se sont gardés de toute position tranchée. Pour l'heure, comme on le voit, ils tentent de naviguer entre les récifs...

Quel est l'avenir de ce vaste affrontement qui vient d'entrer dans sa période active ?
1) Il ne fait aucun doute pour moi qu'il se conclura par la défaite, plus rapide qu'on ne le pense, des jihadistes et, en définitive, par leur éradication, qui, elle, prendra du temps.
Ils n'ont, en effet, ni stratégie ni stratèges et l'ont démontré en provoquant d'emblée toutes les puissances africaines et extra-africaines de la terre. En coalisant contre eux, dès le départ, des moyens aussi considérables, ils se sont voués au massacre, et l'on peut voir qu'il a déjà commencé.
Leurs objectifs médiévaux et leurs pratiques barbares ne leur attirent, de surcroît, aucun soutien autre que celui de centaines de jeunes desperados, qui se croient musulmans et cherchent le martyre, porte d'entrée du paradis.
Les chefaillons islamistes en font leur chair à missile ou à canon, comme ce fut le cas à In Amenas.
2) Le Mali est le maillon faible de la coalition antijihadiste et le demeurera.
Politiquement en tout cas, car ses armées, elles, vont être prises en main ou le sont déjà. Elles seront reconstituées en trois ou quatre ans et dotées de l'encadrement de valeur qui leur fait défaut : c'est nécessaire mais dangereux sans une préalable mise à niveau politique, qui est plus nécessaire encore.
Si, dans le même laps de temps, le monde politique malien ne s'est pas, lui aussi, reconstitué autour d'un parti, d'une équipe et d'un fédérateur, nous aurons, dans quelques années, un Mali militarisé et sans ossature civile capable de dominer l'armée et de l'obliger à se limiter à son rôle.
Les exemples pakistanais - et, demain, afghan - sont là pour montrer ce qu'il importe d'éviter.

3) Dans deux ou trois mois, le nord du Mali aura été repris aux jihadistes qui le contrôlent depuis un an. Ses villes, en tout cas, ne seront plus sous leur emprise.
Que restera-t-il alors du phénomène jihadiste, qui paraît en pleine résurgence ? N'a-t-il pas été capable de monter une opération de l'envergure de celle qui a fait en quelques heures près de 100 morts à In Amenas ?
Il s'agit en réalité, selon l'expression algérienne, d'un « terrorisme résiduel », survivance de l'islamisme armé qui a sévi en Algérie pendant vingt ans à partir de 1991 et qui a été bouté hors de « l'Algérie utile ». Son commandement est encore algérien, mais son inféodation à Al-Qaïda - proclamée le 11 septembre 2006 ! - en a fait un aimant pour nombre de jeunes volontaires venus de divers pays africains, asiatiques et européens via des filières qui se moquent des frontières.
La chute des dictatures tunisienne et égyptienne, et, surtout, plus tard, celle de Kaddafi lui ont fourni des hommes, des armes et un espace géographique dont il a su tirer parti.
Mais les excès et les outrances de ses chefs incultes, désunis et en rivalité permanente lui ont donné, en 2012, la notoriété, l'incitant à des imprudences - et des impudences - qui ont débouché sur la crise actuelle.
Tout indique qu'a sonné pour lui, avec l'année 2013, l'heure du ressac.

À ce stade, il est de la plus haute importance que les Africains du Nord et du Sud-Sahara reprennent, progressivement, au sein de l'Union africaine, le contrôle politique de cette opération. Qui leur a échappé au profit de la France et de l'Europe.
Ces dernières savent mieux que quiconque qu'il est de leur intérêt de rétrocéder le volant dès que possible à des mains africaines : elles le feront sans difficulté dès qu'il y en aura de volontaires et qualifiées.
Mais quid des islamistes au pouvoir - tunisiens, égyptiens, mais tout aussi bien qataris et saoudiens - tant qu'ils ne se seront pas clairement dissociés du salafisme ?